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Lettre d'information trimestrielle #5
Septembre 2026
Edito
Le projet CLLG, « libérer le grec ancien »

Le projet CLLG (Corpus Liberatum Linguae Graecae), porté par Thibault Clérice (chercheur au sein de l'équipe-projet ALMAnaCH du Centre Inria de Paris), a pris fin le 31 août 2026. Conçu initialement sur un format de 12 mois, il aura finalement été accompagné pendant 18 mois et aura impliqué deux ingénieurs, une stagiaire et un chercheur partenaire pendant cette période. La prolongation du projet a permis de garantir une année complète de collaboration entre les deux ingénieurs du projet et de permettre à une stagiaire, désormais doctorante au Centre Inria de l'Université de Lorraine, d'accéder aux outils.

Pour ce qui est du projet, laissons la parole à Thibault Clérice :

L'histoire de CLLG commence par une urgence. Début 2024, plusieurs bibliothèques universitaires se sont retrouvées en difficulté pour renouveler leur abonnement au Thesaurus Linguae Graecae (TLG). Cette base américaine détient un quasi-monopole sur les textes grecs anciens, du VIIIe siècle avant notre ère au XVe siècle. En France, une vingtaine de bibliothèques seulement y ont accès. Ses conditions d'utilisation interdisent toute science reproductible et tout usage en traitement automatique des langues. Toute une communauté risquait de voir sa capacité de recherche se réduire : philologues, historiens, chercheurs en humanités numériques et en TAL.

Il existait déjà des initiatives libres, comme Perseus ou First Thousand Years of Greek. Mais elles reposent largement sur un travail manuel long et coûteux. Notre pari était de franchir un verrou technologique : passer automatiquement de l'image d'une édition critique, avec sa mise en page complexe, ses notes et ses systèmes de citation propres à la philologie classique, à un document structuré et standardisé en XML TEI. L'intervention humaine devait se limiter au contrôle qualité. Le programme PIQ nous a donné les moyens d'explorer cette idée, en réunissant une équipe mixte entre informatique et lettres classiques.

Dix-huit mois plus tard, le bilan dépasse nos attentes sur le plan scientifique et technique. Nous avons produit, avec David A. Smith (Northeastern University), un modèle d'OCR pour le grec ancien capable de traiter les imprimés du XVIe au XXIe siècle. Nous avons aussi développé Dapytains, un outil de publication de textes TEI par API, déjà réutilisé par le projet Perseus. Enfin, le CLLG Scanner permet à chacun de créer des éditions à partir de PDF en s’appuyant sur les informations visuelles et textuelles de l’imprimé. Le corpus compte aujourd'hui plus de 6 000 fichiers XML finalisés et standardisés en TEI. Nous avons ainsi quadruplé le volume de textes grecs librement accessibles. Quatre publications, dont une à ICDAR 2026, sont venues valoriser ces travaux.

Le projet nous a aussi appris quelque chose d'inattendu. Les grands modèles vision-langage, au cœur de nos questions les plus risquées, ont tendance à « sur-corriger » les textes : ils produisent des hallucinations incompatibles avec les exigences de la philologie. Ce résultat, en partie négatif, est devenu un axe de recherche à part entière. Il nourrit une réflexion plus large sur la confiance que l'on peut accorder à la reconnaissance automatique de textes produite par des modèles dirigés plus largement par une préconnaissance de la langue que par une interprétation visuelle du texte.

La plus belle réussite de CLLG est sans doute humaine. Le projet a créé un réseau et une dynamique autour du corpus et des corpus anciens, menant à une collaboration avec Biblissima et la fondation de Biblissima Textes, la future infrastructure d'accueil pérenne de ces corpus. Il a rapproché durablement les sciences humaines et Inria. Ce qui n'était au départ qu'une réponse à une urgence est en train de devenir une infrastructure ouverte pour l'étude des langues anciennes.

Interface du CLLG Scanner : page d'édition critique en grec ancien et sa transcription XML TEI
Actualités
Rencontres PIQ - 2 décembre 2026 - Amphithéâtre Duclaux de l'Institut Pasteur

La seconde édition des Rencontres PIQ aura lieu dans l'Amphithéâtre Duclaux de l'Institut Pasteur le 2 décembre. Plusieurs personnalités viendront animer cette journée avec des récits de parcours, des échanges et des conférences autour des questions de la prise de risque scientifique et de son accompagnement.

Nous sommes heureux de pouvoir vous annoncer le nom des deux premières intervenantes : June Andronick et Isabelle Gallagher.

June Andronick

June Andronick est une chercheuse et entrepreneure franco-australienne, spécialiste de la vérification formelle. Elle est PDG et cofondatrice de Proofcraft, une entreprise qui propose un support commercial pour la vérification formelle de logiciels en général et la vérification du micro-noyau seL4 en particulier. Elle est également PDG de la Fondation seL4, qui soutient les aspects open source de seL4, ainsi que ses technologies associées et son écosystème. June possède une vaste expérience de leadership pour que la vision du logiciel formellement vérifié devienne une réalité dans les secteurs critiques. Elle a précédemment dirigé le groupe de recherche Trustworthy Systems à Sydney, en Australie, et a contribué à la vérification initiale de seL4. Elle est titulaire d'un doctorat en informatique de l'Université Paris-Sud, en France, et a été récompensée notamment par l’ACM Software System Award et distinguée au MIT TR35.

June Andronick
Isabelle Gallagher

Isabelle Gallagher est professeure de mathématiques à l'Université Paris Cité. Elle mène des recherches dans le domaine des équations aux dérivées partielles non linéaires, en particulier les équations de mécanique des fluides.

Isabelle Gallagher a obtenu un doctorat à l’Université Pierre-et-Marie-Curie en 1998, sous la direction de Jean-Yves Chemin, sur la dynamique des fluides. À l'issue de ses études, elle a travaillé au CNRS et elle est devenue professeure à l'université Paris Diderot (Université Paris Cité aujourd'hui) en 2004. Entre 2017 et 2024, elle a été professeure à l’École normale supérieure de Paris. En juin 2024, elle a été élue présidente de la Société mathématique de France.

Isabelle Gallagher
Les derniers projets admis
Antcog
Porté par Laure-Anne Poissonnier, Chercheuse, XLIM, Université de Limoges.
Antcog étudie comment l'apprentissage et la communication par phéromones influencent l'efficacité collective des comportements de collecte de nourriture chez les fourmis. En combinant des expériences comportementales, l'imagerie des phéromones et l'apprentissage automatique, il vise à élaborer des modèles réalistes des comportements des fourmis. Le projet permettra de mettre au point des cadres prédictifs reliant les schémas de déplacement, le partage d'informations et les performances collectives au sein de grands groupes d'animaux.
PLER.RION
Au printemps 2026, la France a rejoint la communauté du Square Kilometre Array Observatory. SKAO vise à construire deux grands radiotélescopes « interférométriques ». Ces instruments reposent sur la corrélation de signaux entre de nombreuses paires d'antennes. Ils permettent l'obtention d'images astronomiques d'une résolution inégalée mais nécessitent le traitement au vol d'un débit de données colossal. Le projet PLER.RION ambitionne de contribuer à relever le défi informatique que cela implique.
NINO
La neuromodulation désigne les différentes techniques utilisées pour stimuler le cerveau et soulager les symptômes des troubles mentaux ; compte tenu du grand nombre de patients susceptibles d'en bénéficier, elle offre des perspectives prometteuses pour les applications cliniques. Toutefois, la neuromodulation est généralement mise en œuvre en boucle ouverte. NINO propose de développer une neuromodulation en boucle fermée, dont les paramètres s'adaptent en temps réel.
Canonical Lab
Porté par Françoise Lecaignard, Ingénieure de recherche, COPHY, CRNL (Lyon), INSERM.
Les progrès de la recherche sur la perception humaine, essentiels au développement de biomarqueurs neurologiques et psychiatriques, sont freinés par un accès limité aux microcircuits neuronaux in vivo. Le projet « Canonical Lab » comble cette lacune en développant un modèle de réseau neuronal in vitro basé sur l’être humain et structuré en un système perceptif. À l’aide de stimulations fondées sur la théorie, il permettra de comprendre comment les réseaux neuronaux s’auto-organisent pour apprendre et prédire leurs entrées, ouvrant ainsi la voie à des interventions pharmacologiques et génétiques précises en vue d’une application clinique.
Undulaw
Porté par Médéric Argentina, Professeur, INPHYNI, Université Côte d'Azur.
Undulaw teste une hypothèse à haut risque : des lois compactes, interprétables et transférables pourraient régir la nage ondulatoire malgré un couplage fluide-structure-commande fortement non linéaire. À l'aide de simulations, d'un apprentissage fondé sur la physique et d'expériences robotiques, le projet vise à découvrir ces lois et à les intégrer dans des nageurs autonomes capables de s'auto-optimiser en temps réel.
ProCD
Porté par Augustin Vanrietvelde, Maître de conférences, Quriosity, LTCI, Télécom Paris.
ProCD vise à (ré)futer la conjecture des décompositions causales, à savoir une équivalence fondamentale entre deux définitions (opérationnelle et compositionnelle) de la structure causale d’un canal unitaire, en explorant de nouvelles méthodes de démonstration algébriques et syntaxiques. Cela permettrait de résoudre une question clé dans le domaine très dynamique de l’étude de la causalité en théorie quantique, avec des applications potentielles à de nombreux autres domaines de l’information quantique.
Focus sur quelques projets en cours
Plateforme de capture vidéo KinoFlex
KinoFlex
Porté par Julien Pansiot, Ingénieur de recherche, Centre Inria de l'Université Grenoble Alpes, Inria, démarré le 1er février 2026.

La première phase du projet KinoFlex a permis de franchir plusieurs étapes structurantes vers la mise au point d’une plateforme de capture vidéo multi-caméras synchronisée. Une plateforme de 10 nœuds basée Raspberry Pi 5 a été conçue, assemblée et testée, permettant d’atteindre une résolution spatiale de 2 mm/pixel et de valider la synchronisation filaire à moins de 10 µs. Les premiers prototypes de synchronisation sans fil UWB ont également démontré une précision du même ordre, ouvrant la voie à une validation complète très prochaine.

En parallèle, les travaux ont été engagés en amont de la phase 2, avec des premiers résultats concluants en enregistrement synchronisé, reconstruction 3D et traitement temps réel sur TPU/NPU tels que la détection et la triangulation de pseudo-squelettes 3D.

Ces avancées confirment la faisabilité d’une solution à la fois flexible, performante et relativement bas coût, reposant largement sur du matériel disponible dans le commerce. Elles ouvrent désormais de nouvelles perspectives autour de la capture de mouvements rapides, de l’estimation de pose humaine en temps réel et de la reconstruction 3D de scènes in situ.

Images hyperspectrales M-CARS de tissu musculaire (KhiMalma-PIQ)
KhiMalma-PIQ
Porté par Claire Lefort, Chercheuse, XLIM, CNRS, Université de Limoges, démarré le 1er septembre 2025.

En 2025, le projet a démontré la discrimination sans marquage par imagerie hyperspectrale M-CARS des deux principales protéines du muscle responsables de la contraction musculaire, l’actine et la myosine. Pour la première fois, la signature du fond non résonant a été utilisée comme source de contraste discriminant.

En 2026, le projet a développé une approche numérique automatisée, appliquée au modèle humain à partir de biopsies réelles. Le problème a été formulé comme un problème inverse de démélange spectral, permettant d’estimer les spectres purs de l’actine et de la myosine à partir des données hyperspectrales M-CARS.

La suite du projet s’oriente maintenant vers la recherche dans les images hyperspectrales M-CARS de signatures discriminantes de maladies musculaires. La première myopathie étudiée est la myosite à inclusions. Des méthodes avancées de démélange spectral combinées à des méthodes d’intelligence artificielle sont en cours de développement afin d’identifier et localiser les inclusions à partir des spectres M-CARS seuls. Cette étape constitue le premier pas pour aller vers l’identification sans marquage de la présence des inclusions et, à terme, identifier de nouveaux biomarqueurs spectroscopiques de ces myopathies.

Plus d'informations sur le programme
Cette newsletter est gérée par l'équipe de direction PIQ.
Ce travail a bénéficié d'une aide de l'État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence « ANR-24-RRII-0002 ».
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